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29 décembre 2007

Philip Pullman : A la croisée des mondes

Bon… j’ai dévoré les trois livres (Les royaumes du Nord ; La Tour des anges ; Le miroir d’ambre) en 72 heures, et deux jours plus tard je ne sais toujours pas trop ce que je veux en dire.

Dès que j’ai entendu parler des films et de leur univers — une sorte de monde parallèle où on ne porte pas son âme dans son coeur, mais elle se balade à côté de vous sous la forme d’un animal — j’ai voulu en savoir plus, et ne pas me limiter à ce qui pouvait tenir dans un film hollywoodien de deux heures.

J’avais raison de vouloir lire les romans : l’histoire est tellement dense que j’ai du mal à imaginer comment on pourrait réduire chaque livre en un script (je sais que c’est aussi le cas pour Harry Potter ou Le seigneur des anneaux, par exemple, mais on en reviendra toujours au fait que je me fiche des mésaventures d’un geignard d’orphelin-sorcier et d’un geignard de hobbit débile et tiens on dirait que j’ai trouvé le point commun) et, même si le style de l’auteur n’est pas vraiment spectaculaire, il est efficace et va droit au but — très cinématographique, on pourrait dire, si on pouvait imaginer que ce ne soit pas une insulte.

Mais la grosse déception, c’était de ne pas trouver ce que je m’attendais à avoir dans le livre et qui ne serait pas bien passé dans le film : une explication cohérente, une vraie théorie de pourquoi ces gens ont leur âme en-dehors et comment ça fonctionne. Cette histoire de daemons est loin d’être un gadget — elle est centrale au premier volume, et très bien exploitée dans les deux suivants — mais je n’ai jamais pu oublier complètement que ça n’a, au fond, aucun sens ; et, surtout, qu’il n’y a pas de définition claire de la limite entre les aspects de la personnalité qui résident dans le coeur/cerveau et dans le daemon/âme. Dans l’un des tomes, certains personnages se retrouvent séparés de leurs daemons, et pourtant leur comportement et leurs pensées ne semblent pas changer ; si l’âme ne contient ni les émotions ni la conscience ni, je ne sais pas, le centre de la pensée rationnelle, alors qu’est-ce qu’un daemon, vraiment, si ce n’est une peluche parlante avec un don d’empathie étonnant (et une paire d’yeux supplémentaires pour pouvoir surveiller derrière soi) ?

Mais ce n’est pas bien grave ; l’histoire est suffisamment forte pour continuer à lire, même si je ne peux m’empêcher de toujours chercher la faille. Ce qui est grave, en revanche, et dessert l’histoire, c’est l’anti-cléricalisme de l’auteur – si vous pensiez que les associations chrétiennes n’avaient aucun droit de se plaindre de l’adaptation cinématographique, eh bien… disons ça comme ça : je suis agnostique, élevé comme athée, et l’auteur attaque la religion chrétienne si violemment que j’y réfléchirais à deux fois avant de stocker ces bouquins dans une bibliothèque scolaire. Dépeindre le Vatican d’une réalité parallèle comme une dictature mondiale, c’est une chose (on pourrait dire que c’est une vérité historique) ; mais ce que Pullman décrit dans son troisième volume est franchement insultant pour quiconque croit en un Dieu, et ça fait du monde. Je ne dis pas que c’est une mauvaise histoire, ou qu’elle ne devrait pas être racontée, mais juste que c’est… franchement malpoli, et que je suis choqué par solidarité avec mes camarades croyants (alors que je ne suis pas sûr d’en avoir). Ou peut-être que c’est moins l’histoire que la façon de la raconter.

Ce qui m’amène au fait que je suis content d’avoir lu les livres sans les avoir achetés (merci rhino75) : je crois que je n’aime pas très beaucoup ce M. Pullman. Passons sur le fait d’écrire une trilogie entière contre la religion (et qu’elle repose sur le destin et la religion, juste façon païenne et new-age) ; ce qui m’a vraiment stoppé, c’est de lire que les gens inintéressants ont des daemons inintéressants, et que tous les daemons des domestiques sont des chiens et ceux des bonnes sont des poules (si je ne me trompe — les chiens sont mentionnés deux fois au moins, mais je ne suis plus sûr pour les poules). Euh… désolé, mais ce n’est pas quelque chose que j’aimerais écrire, ou lire, et encore moins dans un roman qui est censé cibler les “enfants et jeunes adultes.” Yeurk.

Et pourtant, je le disais, je suis vraiment content d’avoir lu les livres. Parce que l’histoire est intéressante, l’univers est original, et les développements sont… enfin, disons que vous devriez vraiment lire la trilogie avant que la promotion du troisième film ne commence, pour conserver la surprise de ce qui se passe vraiment dans cette histoire — au passage, je me demande bien comment ils comptent gérer l’adaptation, s’ils ont supprimé toute référence à la religion dans le premier film. (Et toute la trilogie ferait une bien bonne minisérie télé de deux ou trois saisons, s’il n’était pas totalement inenvisageable de produire une série télé avec un sujet pareil.)

A lire, donc, pas parce que c’est un chef d’oeuvre, mais parce que c’est une perspective originale, et ça change un peu de ces orphelins-sorciers geignards.

 

Illustration : AeroMartin.

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